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Je ne veux pas que vous ignoriez ce mystère

Jean-Marc Thobois

Le livre de Jean-Marc Thobois commence par l’interrogation de Frédéric II à son médecin : “En deux mots donnez-moi une preuve de l’existence de  Dieu !” et sa réponse désormais célèbre : “Sire, les Juifs !” pour se terminer par cette conclusion qui nous entraîne vers le retour imminent du Seigneur : “Nous vivons les derniers moments de l’histoire”.

La situation du jeune Etat était critique. Le général Montgomery dont la compétence militaire était reconnue par tous, ne donnait pas plus de trois jours aux armées arabes pour arriver à leurs fins. 

En réalité, même avant la proclamation de l’Etat, la situation militaire était déjà difficile. Les forces d’Abd El Kader El Husseini avaient coupé la route de Jérusalem dans le défilé de Bab El Oued, isolant la capitale du reste du pays. Le jour même de la naissance de l’Etat, un groupe de villages juifs situés sur la route d’Hébron appelé “bloc d’Etsion” était tombé et les survivants massacrés, sinistre avant-goût de ce que promettaient les Arabes aux vaincus. La situation était meilleure à Jaffa où les Arabes étaient assiégés ; mais ils avaient pu résister à tous les assauts de la Hagana.

Le grand Mufti de Jérusalem, Hakj Amin El Husseini, lança alors à ses compatriotes un appel à quitter le pays pour se réfugier dans les pays voisins afin de laisser la place aux troupes de l’Islam qui s’apprêtaient à faire des Juifs “un massacre dont on se souviendrait comme de ceux des Huns ou des Croisés” ; après quoi les réfugiés pourraient revenir pour s’emparer des dépouilles des Juifs. Tel fut le point de départ du problème toujours actuel des réfugiés. Or, les Arabes tenaient entre leurs mains l’administration du pays. Leur départ signifiait le chaos. Aussi le nouveau gouvernement israélien tenta-t-il de les dissuader de partir, en vain. Par la suite, le gouvernement israélien cessa de s’opposer à ce départ, puis l’encouragea quand il comprit que la coexistence entre les deux communautés était impossible, et enfin le provoqua dans la dernière phase de la guerre. Or, contrairement aux promesses de leurs frères arabes, les réfugiés ne devaient jamais revenir ! Mais ils allaient, au fils des années, devenir une arme contre Israël. Les Etats arabes, loin de les intégrer en leur sein, les parquèrent dans des camps dans des conditions abominables, aux frontières même d’Israël, tout en accusant l’Etat juif du malheur de ces réfugiés. Dès lors, ce milieu devint un vivier de terroristes manipulés par les Etats arabes.

Depuis 1948, l’ONU n’a cessé d’entretenir dans l’oisiveté ces réfugiés dont les Etats arabes n’ont cessé d’exiger le retour, ce qui signifierait la destruction d’Israël par l’intérieur. Seule la Jordanie a donné à ses réfugiés la citoyenneté jordanienne, faisant de ce pays un véritable Etat palestinien, puisque 70 % de la population est originaire de la rive occidentale.

Dans le même temps, Israël a entrepris d’intégrer près d’un million de Juifs fuyant les pays arabes, en sorte qu’il y a eu de facto un échange de populations, comme ce fut souvent le cas dans les conflits modernes. Israël, en guerre, dépourvu de ressources, a intégré ses réfugiés ; mais les Etats arabes, pour des raisons politiques, ont refusé d’intégrer les leurs alors qu’ils ont d’immenses territoires non peuplés et des ressources dues au pétrole, presque illimitées.

En 1967, quand Israël s’empara de le bande de Gaza, il entreprit de construire des logements décents pour les réfugiés. Les Etats arabes accusèrent alors Israël de “violer le statut quo” et l’ONU condamna Israël… pour avoir voulu améliorer les conditions de vie des Arabes !

En 1948, on n’en était pas encore là! Mais alors qu’Israël était attaqué par les armées arabes, il reçut un appui inattendu. Le représentant de l’URSS à l’ONU, Andrei Gromyko, déclara que son pays reconnaissait le nouvel Etat, ce que fit presque aussitôt le président Truman.

Mais les combats faisaient rage. Ils avaient éclaté trois jours avant l’expiration du mandat britannique, alors que, jusqu’à la dernière minute, les Anglais bloquaient l’arrivée de bateaux d’immigrants, mais aussi d’armes achetées en toute hâte dans divers pays d’Europe par le nouvel Etat pour faire face à l’invasion. Pendant trois jours Israël sut se battre les mains nues. Tous les fronts étaient enfoncés. Au sud, une colonne égyptienne fonçait sur Tel-Aviv malgré l’héroïque défense des kibboutz de Negba, Yad Mordechai, entre autres, et la première attaque de la toute nouvelle armée de l’air israélienne qui perdit dans l’affaire la moitié de ses effectifs !

Déjà Farouk, roi d’Egypte, avait émis des timbres le représentant entrant à Tel-Aviv sur un cheval blanc ! Mais ses troupes pénétraient quand même jusqu’à Bethléhem par Hébron et menaçaient le sud de Jérusalem en faisant leurs jonction avec la légion jordanienne. Elles furent stoppées devant les défenses du kibboutz de Ramat Rahel. La légion arabe, pour sa part, avait franchi le Jourdain. C’était de loin la meilleure armée arabe, elle était entraînée et commandée par des officiers anglais dont Sir John Baggot que les Arabes appelaient “Glubb Pacha”. Ses éléments avaient, dès la proclamation de l’Etat, occupé la partie arabe de Jérusalem et tentaient d’investir la ville juive, notamment le quartier juifs de la Vieille Ville. Au nord, les Syriens et les Irakiens étaient passés à l’offensive, attaquant Mischmar Ha Yarden avant d’être stoppés par l’héroïque défense du kibboutz de Degania. Enfin, en Galilée du Nord, les forces libanaises entraient aussi une offensive avec des forces locales. Ce fut d’ailleurs le seul front sur lequel les troupes israéliennes enregistrèrent des succès et pénétrèrent profondément en territoire libanais.

Néanmoins, après plusieurs jours de combats, contre toute attente, les Israéliens parvinrent à bloquer la poussée arabe sur tous les fronts : ce fut un véritable miracle. Les bateaux d’armes et d’immigrants pouvaient maintenant aborder. Des camps de DP comme ceux de Chypre où étaient emprisonnés les “maapilim”, arrivaient chaque jour des malheureux démunis de tout qu’il fallait accueillir et intégrer dans un pays luttant pour sa survie. Pourtant le haut commandement israélien décida de passer à la contre-offensive. Les Arabes avaient, en effet, perdu leur meilleur chef Abd El Kader El Husseini, tué par erreur par ses hommes.

Une brigade fut hâtivement constituée à partir de nouveaux immigrants pour faire sauter le verrou de Latrun, poste de police anglais remis aux Arabes avant le départ de ces derniers et qui bloquait la route de Jérusalem en empêchant le ravitaillement de la capitale. Les immigrants, dont la plupart ne parlaient pas l’hébreu et n’avaient jamais touché une arme, reçurent un entraînement sommaire ; Des ordres devaient être donnés dans toutes les langues. Ce fut, comme on peut s’en douter, un sanglant échec face à la légion jordanienne composée de militaires professionnels. Les immigrants nouvellement arrivés en Eretz et dont certains portaient encore les marques des camps nazis, ne connurent en tout et pour tout de leur nouvelle patrie que le petit coin de terre qu’ils rougirent de leur sang.