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Quel est ton nom ?

par Jean-Louis Coraboeuf

« Et Jacob resta seul ; et un homme lutta avec lui jusqu’au lever de l’aurore. Et lorsqu’il vit qu’il ne prévalait pas sur lui, il toucha l’emboîture de sa hanche ; et l’emboîture de la hanche de Jacob fut luxée, comme il luttait avec lui. Et il dit, laisse-moi aller, car l’aurore se lève. Et il dit, je ne te laisserai point aller sans que tu m’aies béni. Et il lui dit, quel est ton nom ? Et il dit, Jacob. Et il dit, ton nom ne sera plus appelé Jacob, mais Israël ; car tu as lutté avec Dieu et avec les hommes, et tu as prévalu. Et Jacob demanda, et dit, je te prie, déclare-moi ton nom. Et il dit, pourquoi demandes-tu mon nom ? Et il le bénit là. Et Jacob appela le nom du lieu Peniel, car j’ai vu Dieu face à face, et mon âme a été délivrée » (Genèse 32:24-30 Darby).

Jacob resta seul, et un homme, qu’il reconnut comme étant Dieu, lutta avec lui jusqu’au lever de l’aurore. Si cet homme demanda à Jacob son nom, ce n'est pas parce qu'il ne le connaissait pas, puisque cet homme était une théophanie de Jésus, mais il voulait que Jacob prenne enfin conscience de ce qu'il était devenu à cause de son héritage : un menteur, un fraudeur, un tricheur… alors que Jacob était un homme "intègre, innocent, parfait" dans sa jeunesse ("mais Jacob fut un homme tranquille [le mot hébreu tam est partout ailleurs traduit par intègre, innocent ou parfait] qui restait sous ses tentes" Genèse 25:27).

Un héritage

Comme son père, sa mère et son grand-père, Jacob eut plusieurs fois recours au mensonge dans sa vie. Abraham mentit à Pharaon, "pourquoi as-tu dit : c’est ma sœur ? Aussi l’ai-je prise pour ma femme" (Genèse 12:19). Isaac mentit à Abimelec, "c’est ma sœur ; car il craignait, en disant ma femme, que les gens du lieu ne le tuent, parce que Rébecca était belle de figure" (Genèse 26:7). Rébecca monta tout un plan pour que Jacob ait la bénédiction de son père, "maintenant, mon fils, écoute ma voix à l’égard de ce que je te commande" (Genèse 27:8), ce qui obligea Jacob à mentir à son père en affirmant, "je suis Esaü".

Déjà, lors de sa naissance, les parents donnèrent à Jacob le sobriquet de 'celui qui supplante et qui trompe', "est-ce parce qu’on l’a appelé du nom de Jacob qu’il m’a supplanté deux fois ?" (Genèse 27:36). Pourquoi Rébecca voulut-elle aider Dieu à accomplir des plans qu’elle connaissait déjà, "et l’Eternel lui dit : deux nations sont dans ton ventre, et deux peuples se sépareront au sortir de tes entrailles ; un de ces peuples sera plus fort que l’autre, et le plus grand sera assujetti au plus petit" (Genèse 25:23) ? En voulant aider Dieu, Rébecca fit de son fils un menteur et un usurpateur ; Dieu n’avait-il pas un plan conforme à ce qu’Il avait annoncé lorsque Rébecca le consulta ?

C'est ainsi que Jacob fut faussement accusé par Esaü d’avoir volé le droit d’aînesse, "il a enlevé mon droit d’aînesse" (Genèse 27:36), alors que celui-ci avait vendu ce droit contre du pain et un potage de lentilles (Genèse 25:33). Rébecca n’avait donc pas besoin de ruser pour obtenir la bénédiction, car le fait de mépriser le droit d’aînesse ôtait d'emblée la bénédiction divine qu’Isaac devait prononcer pour l’aîné. L’intervention de Rébecca eut donc pour conséquence d’amener Esaü à concevoir de la haine pour son frère, "Esaü conçut de la haine contre Jacob, à cause de la bénédiction dont son père l’avait béni ; et Esaü disait en son cœur : les jours du deuil de mon père vont approcher, et je tuerai Jacob, mon frère" (Genèse 27:41). A cause du comportement d’Esaü, l’amertume s’installa dans les cœurs, "elles (les femmes d’Esaü) furent un sujet d’amertume pour le coeur d’Isaac et de Rébecca" (Genèse 26:35).

La solution de Jacob

Jacob trouva son salut dans la fuite, ses parents l’envoyèrent à Paddam-Aram chez son oncle Laban. Mais avant son départ, Isaac pria pour lui, "que le Dieu Tout-Puissant te bénisse, te rende fécond et te multiplie, afin que tu deviennes une multitude de peuples ! Qu’il te donne la bénédiction d’Abraham, à toi et à ta postérité avec toi, afin que tu possèdes le pays où tu habites comme étranger, et qu’il a donné à Abraham !" (Genèse 28:3-4). Jacob s’arrêta à Béthel pour y passer la nuit. Il fit un songe dans lequel Dieu renouvela avec lui la bénédiction qu’Il avait faite à Abraham, puis à Isaac (Genèse 28:13-15). Après avoir dressé un autel, Jacob fit alors un vœu à Dieu, "si Dieu est avec moi et me garde pendant ce voyage que je fais, s’il me donne du pain à manger et des habits pour me vêtir, et si je retourne en paix à la maison de mon père, alors l’Eternel sera mon Dieu" (Genèse 28:20-21). L’Eternel deviendrait le Dieu de Jacob si celui-ci revenait en paix à la maison qu’il venait de quitter.

Considérons les vœux que nous faisons ! Si Dieu est fidèle, le sommes-nous ?

La stratégie de Jacob

Après 20 ans de service chez son beau-père, Jacob entendit Dieu lui dire, "retourne au pays de tes pères et dans ton lieu de naissance, et je serai avec toi" (Genèse 31:3). Un jour les vœux s’accomplissent, mais c’est Dieu qui en choisit le moment. Cependant Jacob n’avait pas changé, "Jacob trompa Laban, l’Araméen, en ne l’avertissant pas de sa fuite" (Genèse 31:20), et son épouse bien-aimée vola les théraphim de son père. Il se souvint aussi que s’il retournait chez lui, il rencontrerait son frère Esaü toujours plein de colère. Jacob essaya alors d’envoyer des messagers vers son frère, mais ceux-ci revinrent avec de mauvaises nouvelles, "nous sommes allés vers ton frère Esaü ; et il marche à ta rencontre, avec quatre cents hommes. Jacob fut très effrayé et saisi d’angoisse" (Genèse 32:6-7). L’angoisse l'amena donc à établir une stratégie pour aborder son frère : il diviserait sa famille en deux, ainsi que ses troupeaux, il ferait un présent pour amadouer Esaü, et il resterait derrière pour fermer la marche (Genèse 32:13-23). Si cela tournait mal, Jacob pourrait toujours prendre la fuite avec la moitié de la famille et du troupeau.

La stratégie de Dieu

Il fit donc passer le gué de Jabbok à toute sa tribu selon son plan, et il se retrouva donc le dernier. C’est alors qu’il resta seul, et ce fut le moment choisi par Dieu pour amener Jacob à régler sa vie. Jabbok signifie "celui qui se vide", et Dieu choisit ce lieu pour confronter Jacob, "Jacob demeura seul. Alors un homme lutta avec lui jusqu’au lever de l’aurore" (Genèse 32:24-25). L’homme (Jésus) mit le doigt sur le problème de Jacob, "quel est ton nom ?". Et Jacob répondit, "je suis Jacob, c’est-à-dire le menteur, le fraudeur, le tricheur…" C’était l'identité héritée de son père, de sa mère et de son grand-père. Il se trouva donc face à Dieu comme nous nous retrouvons face à la Parole de Dieu qui agit comme un miroir. Le gué de Jabbok fut un lieu de lutte pour Jacob, il "se vida" de sa mauvaise nature en confessant qui il était.

Le combat fut long, mais il eut la victoire qui l’amena à recevoir un nouveau nom de la part de Dieu, "ton nom ne sera plus Jacob, mais tu seras appelé Israël ; car tu as lutté avec Dieu et avec des hommes, et tu as été vainqueur" (Genèse 32:27-28). Cette lutte lui apporta deux transformations : son âme fut sauvée de sa mauvaise nature (Genèse 32:30) et il reçut un nom reflétant sa nouvelle nature, Israël signifiant aussi "Prince de Dieu" [Sar El]. Jacob, le Prince de Dieu, le chef de famille vidé de lui-même et rempli de la nature de Dieu prit alors la tête de toute sa famille pour affronter son frère.

Jacob lutta avec Dieu comme nous luttons avec la Parole. Quand Jésus s’adresse à l’église de Pergame (hauteur ou élévation, citadelle, place forte), il est "celui qui a l’épée aiguë, à deux tranchants" (Apocalypse 2:12). Lorsque nous luttons avec la Parole de Dieu de toute notre force ou de l’intérieur de notre place forte, nous faisons face à une épée à deux tranchant capable de nous blesser. Mais si nous luttons jusqu’au bout afin d’avoir la victoire sur notre forteresse intérieure, nous recevrons notre récompense, "à celui qui vaincra je donnerai de la manne cachée, et je lui donnerai un caillou blanc ; et sur ce caillou est écrit un nom nouveau, que personne ne connaît, si ce n’est celui qui le reçoit" (Apocalypse 2:17). Ce nouveau nom confirme notre changement d’identité.

Le nouveau Jacob

Jacob n’était plus le même homme, "lui-même passa devant eux ; et il se prosterna à terre sept fois, jusqu’à ce qu’il soit près de son frère. Esaü courut à sa rencontre ; il l’embrassa, se jeta à son cou, et le baisa. Et ils pleurèrent" (Genèse 33:3-4). Il n’avait plus besoin de séduire son frère pour l’affronter. Il était devenu un homme nouveau capable d’affronter la situation. Il prit donc le risque d'aller vers Esaü avec respect, en l'appelant "mon seigneur" et de se jeter dans ses bras pour se réconcilier avec lui. Le "présent" de Jacob, précédemment destiné à amadouer son frère devint ainsi une offrande de grande valeur. Sa transformation fut sa victoire, "le retour dans la maison de son père en paix".

Jacob retrouva la paix et rentra à la maison de son père, "le même jour, Esaü reprit le chemin de Séir. Jacob partit pour Succoth. Il bâtit une maison pour lui, et il fit des cabanes pour ses troupeaux. C’est pourquoi l’on a appelé ce lieu de nom de Succoth" (Genèse 33:16-17). Même s'il y a eu une réconciliation, Esaü retourna dans son pays d’Edom et Jacob partit de son coté. Il s’arrêta à Succoth et il y bâtit des cabanes pour ses troupeaux et une maison pour lui et sa famille.

Si Jacob ne retourna pas directement chez son père, c'est parce qu'il se devait de construire seul sa famille, et de prendre cette autorité et cette responsabilité découlant de sa nouvelle identité, "l’homme quittera son père et sa mère …"

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