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De la tour de Babel à l'échelle de Jcob

par Jean-Marc Thobois

« Ils dirent encore : Allons ! Bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet touche au ciel, et faisons-nous un nom, afin que nous ne soyons pas dispersés sur la face de toute la terre » (Genèse 11:4).

Selon nombre de commentateurs, Genèse 11:4 avait pour but d'expliquer comment sont nées les langues parlées dans le monde. D'autres pensent qu'il s'agit d'expliquer la dispersion des peuples. Mais dès le chapitre 10, il nous est dit que les peuples sont dispersés selon leurs langues et leurs nations.

Notre récit a donc un autre but. D'autres ont pensé que le Seigneur était opposé à une sorte 'd'Empire State Building' qui aurait été trop haut. Mais il est clair que la Bible n'est pas opposée aux grands bâtiments ! Enfin, une autre hypothèse est que les hommes ont bâti la tour pour éviter d'être dispersés. Mais pour la Bible, le rassemblement est quel que chose de positif ! La dispersion, l'exil sont au contraire des malédictions.

C'est la fin de notre texte qui nous permet de comprendre l'intention du récit, "C'est pourquoi, on a appelé ce lieu Babel, car c'est là que Dieu confondit le langage de toute la terre" (Genèse 11:9). Babel est la traduction hébraïques de l'acadien Bab Ilin : porte des dieux. Or, Babel signifie en hébreu "confusion". Déjà en cela, la Bible déclare : ce lieu n'est pas la porte des dieux ni même de Dieu, mais celle de la confusion, de l'égarement des hommes dans leurs pensées.

La porte du ciel est ailleurs. Le lieu où Dieu parle n'est pas là ; il est dans le pays d'Israël, là où Jacob, en route vers la Babylonie, a dit, "C'est ici la porte du ciel, la maison de Dieu" (Genèse 28:17) qu'il a appelée Bethel (maison de Dieu). Quittant la terre promise, Jacob prend conscience que c'est là et non dans le pays où il va se rendre, et d'où ses ancêtres sont sortis, que Dieu parle et se révèle, et que c'est là, la terre où Il accomplira ses promesses de salut pour toute l'humanité.

Faisons-nous un nom

Voilà le but des hommes de Babel ! Dans la Bible, cette expression signifie un choix, une élection. Dieu rappelle à Israël, "Je t'appelle par ton nom, tu es à moi" (Esaïe 43:1). Donner un nom en hébreu, c'est prendre possession, choisir. Ainsi, l'homme donne des noms aux animaux, c'est-à-dire qu'il va dominer sur eux. Or, les hommes de Babel ne veulent pas être nommés par Dieu. Ils ne veulent donc pas dépendre de lui ; ils revendiquent leur autonomie par rapport à Dieu. Leur chef est d'ailleurs Nimrod, nom qui signifie le révolté, de la racine mered révolte. Se nommer soi-même, se faire un nom, c'est ne vouloir rendre de comptes qu'à soi-même, ne dépendre de personne, surtout pas de Dieu. Là est le péché des hommes de Babel.

En 2 Samuel 7:9, Dieu dit à David, "Je t'ai fait un nom comme celui des rois de la terre". A l'inverse, les gens de Babel se choisissent un nom : ils s'auto-proclament peuple élu et terre promise. A cette affirmation, "faisons-nous un nom", Dieu répond en appelant Abraham. Ainsi, les chapitres 11 et 12 de la Genèse sont liés. Le chapitre 11 appartient à la geste d'Abraham et non pas à l'origine de l'histoire de l'humanité selon le découpage classique que l'on trouve dans la plupart des versions de la Bible.

Ainsi, au chapitre 12 Dieu dit à Abraham, s'il quitte la Babylonie, "Je rendrai ton nom grand" (Genèse 12:2). C'est l'affirmation de l'élection d'Abraham. Les gens de Babel par contre, se sont choisis eux-mêmes. La Bible toute entière s'oppose à cette auto-proclamation d'un homme ou d'un groupe d'hommes. Non seulement les gens de Babel se "font un nom", mais ils choisissent eux-mêmes un pays promis au lieu d'attendre la révélation de Dieu à ce sujet. Mais Dieu appelle Abraham, son véritable élu, à quitter le pays faussement promis pour aller vers la vraie terre promise. Abraham est alors l'antithèse même des hommes de Babel. Il reçoit de Dieu cet ordre, "Quitte ton pays ...Va vers le pays que je te montrerai...", c'est à dire, "que je choisirai".

Ainsi, le récit de Babel n'appartient pas à la préhistoire de l'humanité, mais le chapitre 11 introduit le 12 qui en est l'antithèse. Ce sont les deux pôles, négatif et positif, d'une même réalité. Les gens de Babel ont dit, "Nous sommes le peuple élu et notre terre est la terre sainte", mais le chapitre 12 nous révèle quels sont le véritable peuple élu et la véritable terre promise.

Marche devant ma face !

Le chapitre 17 confirme l'élection d'Abraham, en lui disant, "J'établirai mon alliance avec toi !" (Genèse 17:3). Ainsi, Abraham devient non seulement le père du vrai peuple élu, mais aussi le témoin de la vraie foi. Jusqu'à la fin, il y aura ces trois éléments : l'élection, le témoignage rendu à Dieu et la terre promise. On retrouve cette même pensée en Exode 6:6, "Je vous prendrai pour mon peuple (élection), je serai votre Dieu (témoignage) et je vous donnerai le pays promis à vos pères (la terre)". Il en est de même en Zacharie 7:7 et Ezéchiel 36:22-27. Par contre, les gens de Babel ont fait une caricature de ces trois éléments.

Le songe de Jacob

"Jacob se heurta au lieu", dit littéralement notre texte (Genèse 28:11). Au moment où il va quitter la terre promise pour se rendre en Mésopotamie, Jacob risque de perdre ses repères. Bien qu'il soit dépositaire de l'alliance, il risque de se laisser gagner par l'idolâtrie des gens de Babel. Aussi, le Seigneur, Lui-même, lui donne-t-il une révélation qui l'amène à dire, "La porte du ciel n'est pas en Babylonie où je me rends, mais ici. Babel n'est pas la maison de Dieu, mais c'est Bethel, que je quitte !" Aussi, demande-t-il à Dieu de le ramener au terme de son voyage dans le pays promis.

Dans le songe de Jacob, il est question d'une échelle. Que signifie donc cette échelle, pourquoi une échelle ? Le mot hébreu est Shulan qui signifie escalier, étages, degrés plutôt qu'échelle. En fait, plutôt qu'une échelle telle qu'on la conçoit de nos jours, Jacob voit une tour à étages, autrement dit une ziggourat. Au sommet des ziggourats, les peuples de Mésopotamie construisaient les temples de leurs dieux. Or, la tour de Babel n'était autre qu'une ziggourat : une tour dont le sommet atteignait les cieux, le domaine des dieux.

Dans la religion babylonienne, les ziggourats étaient des temples qui servaient de trait d'union entre le ciel et la terre, et permettaient aux hommes de monter vers les dieux et aux dieux de descendre vers les hommes. C'étaient non seulement "les maisons des dieux" (beth, maison en hébreu, signifie aussi temple) mais aussi "la porte des dieux" : Bab llin = Babylone. Ce que Dieu veut dire à Jacob par cette vision, c'est que le véritable trait d'union entre le ciel et la terre n'est pas en Babylonie, mais ici, et qu'il ne doit pas s'y méprendre. Aussi, à son réveil, Jacob déclare-t-il, "c'est ici la maison de Dieu et la porte des cieux" (Genèse 28:17). Dieu siège au sommet de cette tour, et les anges, et non les dieux, montent et descendent.

C'est ici la maison de Dieu

En Mésopotamie, toute ville petite ou grande avait sa ziggourat. Ainsi, la ville de Larsa (Elasar biblique) porte le nom de "maison des relations entre le ciel et la terre". Mais pour la Bible, ces ziggourats ne sont que des constructions vides. Le fait que Dieu descende pour voir cette tour montre à quel point ces lieux sont éloignés du ciel !

Par contre, la terre promise n'a pas besoin de ces constructions grandioses. Dans son dénuement même, cette terre est "LE LIEU". Déjà Abraham y a invoqué le nom de l'Eternel et les anges de Dieu y montent et descendent. Nous retrouvons cette même idée en Deutéronome 11:11-12, où il est dit que Dieu a les yeux ouverts sur cette terre du commencement à la fin de l'année. Dès lors, Jacob comprend que la terre, pierre sur laquelle il est couché, est une sorte d'autel dont la fonction est justement de mettre en relation la terre et le ciel. Les anges, qui montent et descendent, sont les envoyés qui apportent dans cette terre la parole de Dieu, autrement dit, qui annoncent la révélation prophétique qui sera donnée sur cette terre.

Mais c'est Dieu qui parle à Jacob directement. De même que les anges de Dieu montent et descendent, Dieu montera et descendra avec Jacob comme avec ses descendants dans tous leurs exils dont Dieu les ramènera toujours. Mais ce n'est pas seulement Jacob qui connaîtra ce destin, mais ses descendants aussi, qui seront dispersés aux quatre vents des cieux, "Tu t'étendras à l'Est, à l'Ouest, au Nord et au Sud", mais à la fin Dieu accomplira la promesse faite à Abraham en Genèse 15 qui reprend à peu près les mêmes termes.

Une révélation pour le monde entier

Il s'agit donc d'un message prophétique donné à Jacob, comprenant des promesses pour lui-même personnellement, mais aussi pour ses descendants. Ainsi, Dieu révèle que ce n'est pas seulement Jacob qui part en exil mais aussi ses descendants. Quitter la terre sainte, c'est descendre ; s'y rendre, c'est monter. Quand après son séjour chez Laban, Jacob "remonte", il rencontre deux troupes, deux "camps d'anges" ; un camp qui descend à sa rencontre pour l'accueillir, un camp qui remonte avec lui et qui l'a gardé dans son exil, comme Dieu le lui avait promis. Jacob reconnaît alors les anges de Bethel qui "montent" et "descendent" et il nomme ce lieu "Mahanaïm" : les deux camps (Genèse 32:2).

Ainsi, le sort de Jacob sera celui d'Israël dans tous ses exils. Où qu'il aille, Dieu sera avec lui et le ramènera dans le pays promis, après des combats et des épreuves. Ainsi, dès le livre de la Genèse, Dieu choisit un peuple et une terre qui sera la terre de la révélation et du salut, et où le plan de Dieu s'accomplira dans le monde, pour le monde entier.

Il est donc vain d'aller chercher ailleurs la vérité. C'est par la bouche des prophètes, des hommes inspirés, fils de Jacob, que Dieu parle au monde. Ce récit a pour but de souligner la vocation universelle de l'élection d'Israël et de sa terre dans la suite ce la Bible et d'en montrer l'importance comme peuple témoin de la vérité de Dieu pour pour l'humanité entière, afin que s'accomplisse par là, la promesse faite à Abraham, "Toutes les nations de la terre seront bénies dans ta postérité" (Genèse 22:18).

Ce texte veut instruire tout homme en lui disant, "Ne vous laissez pas séduire par les constructions splendides des hommes, qu'elles soient terrestres, intellectuelles, théologiques ou philosophiques". Le spectaculaire, le consensus ne sont pas des critères de vérité. La vérité ne se trouve que dans la Bible, livre qui fut révélé sur la terre, et par le peuple le plus insignifiant qui soit, mais que Dieu a choisi d'entre tous les peuples, d'entre tous les pays, pour communiquer sa révélation aux hommes de tous les lieux et de tous les temps.

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